ENSEMBLE, STOPPONS LE PROCESSUS D’AUTODESTRUCTON EN COURS CONTRE L’HUMANITÉ ET LA PLANÈTE
Quelle que soit notre nationalité ou nos croyances, nous faisons partie d’une “société globale” partageant les mêmes aspirations à vivre en paix et dans la dignité sur une planète préservée. Internet nous offre l’opportunité de rassembler les forces disparates de cette communauté informelle en un contre-pouvoir supranational capable de contenir les forces brutales et inconséquentes de la mondialisation et d’initier des changements durables du plan local au plan global.

L'AMÉRIQUE JEUNE DE BERNIE SANDERS

Bouleversement historique de la sociologie politique américaine -largement ignoré des médias-, la performance de Bernier Sanders marque une nouvelle ère et fait devoir aux partis progressistes dans le monde de réaliser des partenariats pour promouvoir un changement de cap écologique et social du plan local au plan global.

 

Le sénateur démocrate du petit État du Vermont surprend tout le monde depuis le début de sa campagne aux primaires du parti démocrate. Il remplit les amphithéâtres de jeunes à qui il promet la gratuité des universités publiques ou encore la mise en place d'un système public d’assurance maladie à la française. Au mois de mars 2016, plus d’1,5 million des 18-30 ans avaient voté pour Sanders, soit davantage que pour Clinton et Trump réunis. Il aura fallu attendre le moi de juin 2016 pour que Hillary Clinton, la candidate soutenue par les banques et les milieux d'affaires, atteigne les 2383 délégués nécssaires pour sa nomination à la tête du parti démocrate. Sa victoire sur Bernie Sanders, principalement soutenu par les dons des simples citoyens, fut de courte tête, ce dernier ayant engrangé en effet près de 2000 délégués. Hillary Clinton, pour qui cette campagne des primaires s’annonçait d’abord comme une simple formalité, a été contrainte de revoir son programme, notamment sur les Accords transatlantiques qu'elle soutenait dans un premier temps. Elle fut débordée par Bernie Sanders même auprès des femmes et des féministes qu’elle pensait acquises à sa cause.  "Un homme politique militant pour des politiques de redistribution nous paraît plus féministe qu’une femme candidate dans le camp démocrate, même si sa présence indique une réelle avancée" résume Sarah Léonard journaliste à l’hebdomadaire progressiste The Nation.

Par parenthèse, Sanders juge antidémocratique le système des super délégués, qui permet à des cadres du parti de soutenir le candidat de leur choix et appelle à la réforme du système actuel. Quoi qu'il en soit, sa campagne aura un impact sur le peuple américain tout entier. "Les limites à ce qui pouvait être dit dans le champ politique américain ont incontestablement bougé. Désormais on peut se dire socialiste et être pris au sérieux, c’est un changement majeur" estime Jedediah Purdy, professeur de droit et auteur d’une série d’ouvrages sur l’identité politique américaine populaires dans les milieux intellectuels progressistes. "Il devient plus facile de s’imaginer et de se dire de gauche."  Sarah Leonard, de l’hebdomadaire progressiste The Nation, abonde en son sens . Elle observe un intérêt de plus en plus prononcé pour le "socialisme", surtout chez les jeunes qui sont l'avenir du monde. Auteure d’un ouvrage collectif intitulé Le futur que l’on veut : des idées radicales pour un siècle nouveau, elle raconte  "Lorsqu’on intervient sur les campus, les étudiants s’embarquent dans de grands débats sur le socialisme. C’est assez incroyable et drôle parfois, un peu naïf. Nous traversons une période de critique du capitalisme, de quête d’autre chose, d’ouverture d’esprit et d’apprentissage."  À ce stade, l’étiquette "socialiste" renvoie à l’idée qu’il est enfin possible aux États-Unis de parler de problèmes sociaux plutôt que d’échecs individuels, de prôner la solidarité plutôt que la compétitivité ou encore de refuser l’insécurité économique. "Ce qui mène logiquement à s’intéresser à des candidats en faveur de politiques de redistribution" commente Sarah Leonard.

La campagne de Bernie Sanders est arrivée au moment opportun et a permis de révéler au niveau national les poussées locales de la gauche. "Occupy Wall Street a été la première d’une série de vagues indiquant une progression de la gauche depuis cinq ans, de la lutte pour l’augmentation du salaire minimum au mouvement Black Lives Matter. L’élection de la sénatrice Elizabeth Warren en 2012 a marqué un tournant : nous avions enfin une élue articulant parfaitement nos problèmes économiques et sociaux et les solutions à y apporter" résume Neil Sroka. Il est le porte-parole de Democracy for America, une organisation fondée par Howard Dean après sa campagne infructueuse aux primaires démocrates de 2004, qui finance les campagnes de candidats progressistes et promeut leurs idées. "Le nombre de volontaires mobilisés et formés au cours de cette campagne constituent des forces vives assurant le futur de la gauche américaine" s’enthousiasme-t-il.

L’organisation a de quoi se réjouir cette année : si Bernie Sanders prend toute la lumière, ce cycle électoral est marqué par l’entrée en campagne d’autres candidats progressistes ayant l’intention de promouvoir des politiques sociales-démocrates. Citons Zephyr Teachout, candidate aux primaires démocrates pour un siège de représentante de l’État de New York à la Chambre. Professeure de droit, spécialiste de la corruption en politique, elle insiste sur la nécessité de revoir le système de financement des campagnes ou encore d’investir dans les énergies renouvelables. En Floride, Tim Canova mène campagne en s’opposant notamment aux traités de libre-échange. Il s'appuie, à l’instar de Sanders (pour qui il a déjà travaillé au Sénat), uniquement sur des petits donateurs. Dans le Nevada, Lucy Flores insiste sur le relèvement du salaire minimum à 15 dollars de l’heure ou encore sur la défense des droits de la communauté LGBT. Sa campagne a décollé quand elle a reçu le soutien officiel de Sanders. Ces candidatures sont intéressantes à plusieurs titres, notamment parce qu’elles illustrent une bataille nettement moins médiatique mais tout aussi centrale que les présidentielles : les élections au Congrès où 469 sièges sont en jeu. Pour les démocrates, le scrutin est décisif puisqu’ils pourraient retrouver la majorité au Sénat (il leur manque 5 sièges contre 30 à la Chambre). Ce qui donnerait à un président démocrate les coudées un peu plus franches pour réformer le pays, et permettrait aux élus démocrates d’être une force de proposition plutôt que d’opposition. Dans cette situation, un groupe solide d’élus incarnant la gauche pourrait avoir une réelle influence.

C’est donc sur ce scénario que misent déjà de nombreux progressistes, de Democracy for America à un comité d’action politique tout juste créé. Brand New Congress, lancé la semaine dernière par des militants pro-Sanders, a pour objectif de financer des candidatures de gauche au Congrès et s’intéresse dès maintenant aux élections parlementaires de 2018. Le temps de trouver un stock de candidats adéquats. On en est encore loin. « Il y a quelques personnalités très intéressantes qui font campagne en ce moment, mais un ou deux élus ne suffiront pas à institutionnaliser la gauche aux États-Unis », tranche Jedediah Purdy. S’il est si sévère, c’est que le problème n’est pas nouveau. C’est toute la difficulté dans le système bipartisan américain favorisant les grandes coalitions. Le parti démocrate dominé par son aile centriste néolibéral a régulièrement déçu en négligeant son aile progressiste. Quant à ceux qui ont choisi de militer à l’extérieur du parti, par exemple en rejoignant le petit parti des Verts, soucieux depuis sa création de justice sociale, ils s’éloignent des centres du pouvoir.

Les débats qui traversent actuellement la gauche américaine concernent donc la stratégie à adopter pour que le mouvement actuel laisse son empreinte sur le parti démocrate. Autrement dit, que les forces se rééquilibrent au détriment de l’aile centriste et à la faveur de l’aile progressiste. Certains pensent que c’est impossible, d’autres estiment que c’est la seule option qui vaille. Dans ce contexte, Bernie Sanders choisit de poursuivre sa campagne pour une raison simple : s’il n’est pas le nominé, il veut arriver à la convention du parti en ayant un maximum de délégués afin d’avoir toute la légitimité pour imposer ses vues. Dans ce cas de figure, certaines de ses propositions phares -comme la mise en place d’un système d’assurance maladie public ou encore l’interdiction du fracking-  pourraient figurer sur le programme du parti démocrate. Un document qui s’avère avant tout symbolique car non contraignant… Bernie Sanders pourrait encore vouloir négocier une révision des règles encadrant les élections primaires en échange de son soutien au nominé. Mais à ce jour, rien ne dit qu’il sera entendu, ni sa parole respectée.

Il sera alors temps pour la gauche américaine de reprendre le chemin des mouvements citoyens. « À défaut d’un grand parti de gauche, ces mouvements constituent le meilleur moyen d’obtenir des progrès sociaux aux États-Unis » note Sarah Leonard qui liste une myriade d’initiatives locales récentes et prometteuses en faveur de la justice sociale, contre le racisme, pour la protection des droits des travailleurs. Des luttes qui bénéficient déjà de l’énergie et de l’expérience acquises par les milliers de militants bénévoles participant aux campagnes des candidats de gauche ayant percé en 2016.

Pour résumer cet événement politique majeur, seule une forte pression des citoyens et des opinions publiques pèseront sur le cours des choses et impulseront un changement à connotation écologique et sociale, que ce soit aux  États-Unis, en Europe ou ailleurs. L'Amérique jeune de Bernie Sanders fait devoir à tous les partis progressistes -Podemos, Syrisa, Diem25, 5Stelle, etc- de constituer des partenariats afin d'élaborer les réformes internationales et autres régulations de la mondialisation afin que la liberté d'entreprendre et de commercer respecte en toutes circonstances les personnes et l'environnement.

(Texte inspiré par l'article de Iris Deroeux de Mai 2016.)

Tous les articles

Retour